Peut-on être écrivain sans publier ?

Quand je me présente en tant qu’écrivain public, on me demande régulièrement si j’ai déjà publié. Je réponds par la négative et je sens poindre la déception, voire la suspicion. Un écrivain qui ne publie pas, c’est louche ! Moi-même, j’en suis arrivée parfois à mettre en doute ma légitimité, à ressentir ce fameux syndrome de l’imposteur.

Alors je me suis dit qu’il fallait démêler un peu les fils et éclaircir quelques malentendus.

Écrivain, écrivain public, quelle différence ?

Pour commencer, écrivain et écrivain public sont deux activités distinctes. Permettez-moi de revenir sur les définitions.

Un écrivain, à l’origine, c’est juste quelqu’un qui écrit. À ce titre, on est écrivain dès le moment où l’on écrit, quelle que soit la nature de ce que l’on écrit, que l’on publie ou non le résultat.

Bien entendu, quand on utilise le terme écrivain pour parler d’un métier, les critères se resserrent un peu. Un écrivain professionnel doit gagner sa vie avec sa plume. Mais même ici, ses écrits peuvent prendre des formes très variées : un journaliste, un romancier, un blogueur, un copywriter, et un écrivain public sont tous des écrivains professionnels. Ils vivent de leur plume, sans forcément passer par la case publication au sens traditionnel.

Note sur l’inclusivité : j’utilise le terme « écrivain » sans distinction de genre, parce que je n’aime pas la sonorité du féminin… surtout si on a le malheur de lui associer l’adjectif « publique » ! En revanche, j’utilise volontiers le mot « autrice » que je trouve merveilleusement joli.

Pourtant quand on parle d’écrivain, la majorité des gens (moi la première) pense à un auteur ou autrice de fiction. C’est en outre l’autre appellation à laquelle j’aspire. Mais quand je me présente en tant qu’écrivain public, je ne prétends pas être une autrice : ce sont deux choses totalement distinctes. De plus, n’ayant encore rien publié, je ne me considère pas comme romancière, alors que je suis écrivain public à titre professionnel.

Un écrivain public doit-il être un auteur ou une autrice ?

Un écrivain public a pour objectif de mettre sa plume au service des autres. L’écriture personnelle ne fait pas partie intégrante de son métier. Même si une partie des compétences sont les mêmes, les deux activités demeurent totalement différentes. Un romancier ou poète talentueux peut être un écrivain public médiocre. Inversement, un écrivain public très compétent peut ne jamais écrire le moindre ouvrage personnel. Le fait d’avoir publié ou non des textes personnels ne donne donc pas ou peu d’indications et aucune garantie sur les qualités professionnelles d’un écrivain public.

Cela dit, j’ai effectivement choisi ce métier parce que j’aime écrire. J’écris, je relis, je corrige pour les autres, mais j’écris également mes propres fictions.

Mon parcours d’autrice reste indépendant de ma profession d’écrivain public, même si je ne peux nier que les deux s’influencent réciproquement. Évidemment, comme tout écrivain, je rêve de pouvoir un jour publier mes œuvres. Car on a tendance à associer publication et légitimité. Et moi-même, parfois, je dois me convaincre de ma légitimité professionnelle en me rappelant la définition de mon métier !

À quel moment a-t-on le droit de s’appeler « écrivain » ?

Si vous avez déjà essayé d’écrire quelque chose, vous savez comme moi combien il est compliqué d’être pris au sérieux. Pourquoi est-il si difficile d’admettre que des gens se présentent en tant qu’écrivain ? La plupart du temps, si vous n’avez rien publié, on vous refuse catégoriquement le titre et on vous rit au nez. Bizarrement, quand je tricotais, personne ne m’a jamais demandé de prouver quoi que ce soit. Mais dès qu’il s’agit d’une pratique à caractère artistique, on dirait que l’on pénètre dans une zone interdite. Avant de prétendre au titre d’écrivain (ou de peintre, musicien, sculpteur…), il faut faire vos preuves !

Longtemps j’ai rusé, comme beaucoup d’autres. N’osant pas adopter l’étiquette défendue, j’ai usé de périphrases : « J’écris, je dessine… » en précisant bien vite « oh, juste un peu, pour le plaisir, rien de sérieux ». Tout cela de peur de devoir me justifier en produisant le catalogue de mes œuvres officielles.

Un écrivain… écrit !

Il est temps pour moi de revendiquer ma pratique, comme vous peut-être, si vous écrivez dans l’ombre sans oser le dire : même sans publier, si vous écrivez, cela fait de vous un écrivain. Si vous peignez, cela fait de vous un peintre, que vos œuvres soient exposées au Louvre ou punaisées dans votre chambre. À partir du moment où vous créez, vous avez le droit de vous présenter comme artiste, la tête haute !

Ça n’est pas si facile d’assumer ce titre et d’affronter le regard des gens sans autre preuve que le temps consacré. Pourtant je suis écrivain, tout simplement parce que j’écris tous les jours. Cela n’a rien à voir avec la qualité ou la rentabilité de mes écrits. Je suis peut-être un mauvais écrivain, mais même un mauvais écrivain reste un écrivain, du moment qu’il écrit. Et comme dans tous les domaines, la pratique régulière amène fatalement à progresser. Ainsi le pire écrivain, à force de pratique, finira par devenir compétent.

Amis écrivains, scribouillards, écrivaillons et autres griffonneurs, à quel stade en êtes-vous avec ce sentiment de légitimité (ou d’imposture) ? Osez-vous vous affirmer comme écrivain ? Si oui, bravo ! Et si ce n’est pas encore le cas, j’espère que cet article vous encouragera à le clamer haut et fort. 😉

Pour les curieux, j’ai publié (!) sur ce blog deux de mes nouvelles que vous pouvez lire en suivant les liens : Berger des Mères et Mille neuf cent quarante-deux.

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Moncey Brigitte

Très bel article montrant effectivement la différence entre l’écrivain public et l’écrivain tout court. Comme tu l’as affirmé, un écrivain public ne fait pas forcément un bon écrivain et un écrivain ne fait pas forcément un bon écrivain public. Deux métiers différents se recoupant, mettant en scène les mots.
Alors, peut-on être écrivain sans être publié ? L’impératif (pour moi), c’est d’aller jusqu’au bout d’un texte, d’une nouvelle, d’un recueil, d’un roman, d’un thriller… Peu importe la forme, le contenant, le contenu, mais aller jusqu’au bout du projet. Ensuite, le lire, le relire, le corriger, le relire, apporter des modifications sans cesse. Une fois que l’on est content(e) du résultat, il est préférable de le faire relire par quelqu’un d’autre, si possible par des gens qui lisent beaucoup, par des gens qui écrivent… Les proches (famille, amis vous aiment et n’oseront peut-être vous dire le fonds de leur pensée). On ne naît pas écrivain, on le devient. Cela s’apprend aussi. On a des prédispositions, mais il faut travailler, travailler pour en sortir un produit fini réussi. Et seulement à ce moment-là, on pourra affirmer : je suis écrivain(e), auteur(e), autrice. En tout cas, toi tu es bien partie. Vas-y, n’hésite pas, fonce…
Amicalement. Brigitte.

champ_2019

Merci pour tes compliments 🙂
Comme tu le dis, on devient écrivain à force de travail, en allant au bout de son projet. Mais je considère que le cheminement fait déjà de celui qui écrit un écrivain légitime, dès lors que ce cheminement est entrepris avec sérieux et détermination.

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