Comment cultiver sa créativité, entre processus et résultat

Quand on crée, on vise le plus souvent un résultat : on écrit un roman dans le but qu’il soit publié, on peint pour produire un tableau montrable, etc. La qualité de ce résultat est évidemment importante, surtout si on a des objectifs professionnels ou financiers à la clé. Cela dit, tomber dans le piège de la course au résultat peut vous faire oublier l’essentiel : cultiver votre créativité en prenant plaisir dans le processus avant tout ! Sans cela, votre créativité risque d’en pâtir comme ça m’est arrivé — et comme c’est arrivé à tant d’autres.

Je ne suis pas la seule ni la première à aborder ce sujet. Cécile Duquenne, une autrice de SFFF et enseignante en techniques d’écriture, en parle — quoiqu’un peu différemment — dans sa Quotidienne (un courriel quotidien qui aborde tout ce qui touche à l’écriture créative. Si vous écrivez de la fiction, je ne peux que vous recommander de tester l’abonnement, en plus c’est gratuit !)

Bref, j’avais envie moi aussi de partager mon expérience à ce sujet, car il me semble vital pour tout artiste de prendre soin de sa créativité. Alors aujourd’hui, je vous raconte mon cheminement entre processus et résultat — et comment un simple changement de focalisation a relancé ma créativité.

La perte du plaisir créatif

J’ai toujours apprécié les activités créatives, en particulier le dessin et l’écriture. Enfant et adolescente, je gribouillais allègrement sur tous les supports qui me tombaient sous la main, sans pression, et ma créativité coulait tout naturellement.

Pourtant, à un moment, quelque chose s’est brisé. Était-ce le passage à l’âge adulte ? J’ai l’impression qu’une petite voix s’est un jour insinuée dans ma tête : « Allez, assez joué, à présent il est temps de passer aux choses sérieuses. Si tu veux continuer à dessiner et écrire, il faut produire un résultat. Sinon, il y a d’autres priorités dans la vie. »

Et voilà, cette voix a petit à petit étouffé mon plaisir enfantin et naïf — et ma créativité, d’un même élan.

Pendant les années qui ont suivi, je revenais régulièrement sur la page, pour écrire ou dessiner, mais sans retrouver l’excitation, la magie d’avant, sauf en de rares occasions furtives. Je me sentais entravée, contenue, opprimée. Je continuais d’essayer entre deux périodes de découragement, parce que l’inverse me semblait inconcevable. La création restait laborieuse, voire douloureuse. Et surtout très frustrante. Parce que je visais un résultat que je n’atteignais jamais.

Une prise de conscience progressive

Ma première révélation a eu lieu il y a dix ou quinze ans. Mon cousin s’était inscrit à un cours de dessin et m’a raconté au téléphone qu’il découvrait prendre davantage de plaisir dans l’activité elle-même que dans le résultat.

À l’époque, cela m’a totalement mystifiée. Comment pouvait-on ne pas se soucier du résultat ? De mon côté, j’étais embourbée sur le plan créatif. Je dessinais très peu et je pataugeais dans un marécage de projets d’écriture avortés.

Pourtant je ressentais un furieux besoin de créer, associé à une profonde nostalgie de la magie créative. Mais les paroles de mon cousin ont mis longtemps à faire réellement sens.

Ma deuxième révélation a eu lieu il y a un an et demi, quand j’ai eu une envie subite d’apprendre l’aquarelle. Le fait de débuter dans une nouvelle technique m’a donné une liberté folle : en tant que débutante, je ne pouvais pas espérer produire des chefs-d’œuvre, j’avais même le droit de produire les pires croûtes ! Et j’ai adoré cette absence de contrainte soudaine. Explorer, barbouiller… Moi qui suis si focalisée sur le résultat en temps normal, j’ai retrouvé ce plaisir enfantin à pratiquer pour le simple plaisir de pratiquer.

Et une troisième révélation s’est produite… en écrivant cet article.

En parallèle à l’aquarelle, un autre élément m’a aidée à retrouver mon enthousiasme originel pour le processus : ma participation à l’atelier d’écriture de Brigitte. Bizarrement, à l’atelier, l’inspiration me vient sans effort avec des idées farfelues et je m’amuse comme une folle à écrire n’importe quoi… Pourquoi ? Tout simplement parce que je ne me soucie pas du résultat ! Et pourtant, ce résultat me surprend parfois par sa qualité. Parce que le plaisir du processus se ressent dans les textes produits, d’une part. Mais aussi parce que l’absence de contrainte me permet de tenter des expériences que je n’oserais pas « en temps normal », si je me focalisais sur le résultat.

Une constante vigilance

Depuis, je m’efforce de cultiver cet état d’esprit dans toutes mes activités créatives, l’écriture en premier, évidemment. C’est un long cheminement et je n’ai pas fini… mais je progresse !

Pour être honnête, ça ne fonctionne pas tous les jours et je dois régulièrement me rappeler à l’ordre pour me recentrer sur le processus et le simple plaisir de créer.

Mon objectif premier est de pratiquer dans la joie. La créativité ne doit pas devenir une torture, surtout quand ce n’est pas votre principale source de revenus. Pourquoi se faire du mal tout seul ?

Attention, je ne dis pas qu’il faut oublier toute rigueur, bien au contraire ! Tout projet artistique demande un investissement en temps et en énergie. Si je m’efforce de ne pas juger à l’avance du résultat, en revanche je m’astreins à des horaires réguliers de pratique ; et lorsque je pratique, le plaisir vient aussi de mon application. Je sais par exemple que je ne ressentirai pas la même satisfaction si j’ai bâclé ma session du jour.

Et bien entendu, lorsque j’avance dans un projet, je me soucie du résultat. Mais je refuse de me laisser intimider dès le début par cet objectif. Après avoir écrit, dessiné ou peint, je peux contempler le résultat et décider s’il est à mon goût… ou si je dois y revenir !

Pour conclure

Ce changement de focalisation peut sembler insignifiant, et en vérité il ne reflète pas tout mon parcours. Cela dit, je considère que ça a été l’élément le plus décisif pour débloquer ma créativité et retrouver le plaisir de créer, que ce soit avec des stylos ou avec des pinceaux.

Si jamais vous vous sentez à sec, en panne, démotivé… essayez ! Et racontez-moi en commentaire si vous avez vécu ce genre d’expérience, ce qui vous a bloqué — et ce qui vous a débloqué !

Si vous cherchez d’autres idées, vous pouvez aussi (re)lire l’article Cinq conseils pour rester motivé pendant l’écriture de votre roman.

Joyeuse créativité à vous 😊

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