L’écriture collective : une pratique à tester !

L’écriture est un art, une technique, mais avant tout un jeu. Lorsque l’on se met à écrire « sérieusement », on a parfois tendance à oublier cet aspect fondamental. Pourtant, si l’on veut écrire sérieusement, il faut y prendre plaisir.

Or, pour entretenir le plaisir, rien de tel que d’explorer de nouvelles approches de l’écriture créative. Parmi elles, l’écriture collective est une pratique à la fois ludique et motivante, qui peut tout à la fois se révéler très exigeante et instructive. Cependant, beaucoup d’écrivains demeurent réticents vis-à-vis d’un travail collaboratif, ce qui est bien dommage à mon avis.

Aujourd’hui, je vous parle donc de quelques formes d’écriture collective que j’ai eu le plaisir d’expérimenter, en espérant que cela vous donne envie d’essayer.

Juste pour le fun : le cadavre exquis

Vous connaissez sans doute ce jeu traditionnel : chacun écrit sur une feuille un début de phrase ou de récit. Il peut s’agir d’un seul mot ou d’un groupe de mots (un complément de lieu ou de temps par exemple). Puis on plie la feuille et on la passe à son voisin. Celui-ci enchaîne sans voir ce qui a déjà été écrit. Le deuxième va donc écrire le groupe de mots suivants (par exemple un sujet), plier la feuille de nouveau et la passer à son voisin, et ainsi de suite jusqu’à obtenir une phrase complète, voire un paragraphe. On déplie alors la feuille et on découvre des textes souvent farfelus, parfois hilarants.

Je me rappelle un cadavre exquis gribouillé au lycée en cours de Latin avec mon amie Karine. Le texte est perdu depuis longtemps et n’avait pas de grandes qualités littéraires… mais je garde un souvenir ému de nos personnages perdus en forêt et se retrouvant face à face avec un sanglier bleu.

Le jeu de rôle : des possibilités multiples

Ce terme générique peut donner lieu à divers types de textes. Le principe est simple : chacun écrit dans la peau ou du point de vue d’un personnage. On peut créer ainsi des correspondances fictives, des dialogues, des pièces de théâtre, voire des récits complets en jouant sur la variété des points de vue.

La correspondance est assez facile à aborder parce que l’on maîtrise une partie du jeu, tout en gardant l’imprévu des réactions des autres. À l’atelier d’écriture, notre animatrice Brigitte nous a lancées dans des correspondances croisées entre plus de dix personnages fictifs, chacun d’entre eux échangeant des courriers avec trois ou quatre autres membres du groupe. Cela nous encourage aussi à affiner la psychologie et le sens de la diplomatie (ou non) de notre personnage en fonction du destinataire.

Plus exigeant : le récit collectif

Pour aller plus loin, on peut bâtir une histoire complète à quatre, six, huit… et même davantage de mains. Bien sûr, pour obtenir un résultat satisfaisant, l’exercice demande une concertation rigoureuse ainsi qu’une bonne répartition des tâches, tant dans la phase de recherches et de préparation que pour l’écriture puis les relectures.

Les difficultés

Travailler à plusieurs n’est pas évident, quel que soit le travail. Mais c’est d’autant plus vrai pour les écrivains ! L’écriture est une activité solitaire. Même lorsque l’écrivain invoque une muse, cette compagnie reste généralement symbolique et abstraite.

Il n’est pas toujours facile de lâcher prise, de faire des compromis sur la direction du scénario, d’accepter que le résultat soit différent de ce que vous auriez choisi. Pourtant, même si cela vous fend le cœur de modifier la réaction du personnage principal, il faut bien vous y résoudre quand la majorité en a décidé ainsi.

Les avantages

Apprendre à lâcher prise et à rester humble face à l’écriture est un atout énorme. Pour revenir à mon exemple du dessus, si les autres participants ont tiqué sur votre interprétation du protagoniste, c’est peut-être pour une bonne raison. Lorsqu’on écrit à plusieurs, on bénéficie d’un avis extérieur immédiat, et c’est à considérer comme une chance.

Une nouvelle à 24 mains !

L’année passée à l’atelier, nous avons rédigé une nouvelle collective de bout en bout, à rien moins que douze écrivaines. J’avoue avoir eu d’abord des réticences dues au sentiment de ne rien maîtriser. Les propositions se mêlaient et s’emmêlaient, on ne savait plus qui avait décidé d’envoyer l’intrigue dans telle ou telle direction. Il m’a fallu accepter que l’histoire prenne une tournure très différente de ma conception première, tout simplement parce qu’elle ne m’appartenait pas.

Une fois cela admis, toutefois, l’expérience s’est révélée passionnante. Douze cerveaux génèrent des idées à foison et ouvrent des perspectives inimaginables en solo. Les contraintes imposées — respecter une unité de style et le scénario prévu en commun, assurer des transitions fluides — nous ont par ailleurs fait travailler de façon très technique. Les échanges de nos impressions enfin étaient très enrichissants et reflétaient la diversité des écrivaines et des lectrices que nous sommes.

Jusqu’à la publication

Un de mes livres préférés est le fruit d’une écriture à quatre mains : Good Omens de Neil Gaiman et Terry Pratchett (traduit en français sous le titre De bons présages). Les deux auteurs ont témoigné avoir pris beaucoup de plaisir à cette œuvre commune, et le roman a connu un succès considérable avant d’être transposé en série télévisée. Pour moi qui adore déjà ces auteurs séparément, leur collaboration offre un concentré de leurs qualités assemblées, un véritable feu d’artifice.

Pour conclure, l’écriture collective permet d’explorer de nouvelles formes d’écriture, de s’ouvrir à d’autres façons de travailler et d’autres styles. Sur le plan strictement technique, c’est un exercice fabuleux pour progresser.

Mais c’est surtout un formidable moyen de s’amuser, partager et parfois se payer de franches rigolades avec d’autres écrivains. Et cela peut même mener à des œuvres imprévues et géniales.

Avez-vous déjà essayé d’écrire à plusieurs, et sous quelle forme ? J’aimerais beaucoup lire vos expériences en commentaire. Et si vous n’avez jamais écrit qu’en solitaire, je vous encourage fortement à tenter l’aventure.

2 réflexions sur “L’écriture collective : une pratique à tester !”

    1. Bonjour Stéphane,
      Cela dépend beaucoup de ce que vous écrivez et de votre rythme de vie. Il y a des milliers de façons de s’organiser. L’important est de trouver une certaine régularité dans votre pratique.
      Bon courage et bonne écriture 🙂

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