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NaNoWriMo 2019, le bilan

Voilà, le NaNoWriMo 2019 a pris fin le 30 novembre. Pour les écrivains, c’est un événement incontournable quoique controversé. Faut-il participer? Voici mon bilan après quatre ans de participation.

NaNoWriMo, quesaco ?

Pour les non-initiés, le NaNoWriMo, abréviation du National Novel Writing Month, c’est un marathon d’écriture qui se déroule au mois de novembre. L’objectif est simple : écrire un roman de 50.000 mots en 30 jours. Ce qui fait 1.667 mots par jour, soit 1h30 à 2h d’écriture, en gros.

Le fondateur Chris Baty a lancé ce défi génial et ridicule à une vingtaine de ses amis pour la première fois en 1999. Depuis, c’est devenu une institution annuelle, qui compte à présent des centaines de milliers de participants sur tous les continents.

Il suffit de s’inscrire et d’annoncer son roman sur le site (anglophone) du National Novel Writing Month. Un compteur de mots permet de visualiser sa progression, des forums (dont des francophones) permettent d’échanger avec les autres « Nanoteurs », et des « Pep Talks », des mails d’encouragement et de conseils, sont diffusés régulièrement.

Le NaNoWriMo est aussi présent sur à peu près tous les réseaux sociaux, et des communautés par pays et région se sont formées, qui organisent des « write-ins » c’est-à-dire des regroupements pour des sessions d’écriture, dans des cafés, des bibliothèques, etc. Tout cela permet aussi de faire connaissance avec d’autres écrivains près de chez soi.

Mon expérience du NaNoWriMo

J’ai découvert le NaNoWriMo en 2015. À l’époque, je me sentais incapable de relever un tel défi. Je grommelais sur ma vie, je rêvais d’autre chose, mais je n’avais pas le courage ou la force de me retrousser les manches et de passer à l’action. Et puis quelqu’un m’a dit « Pourquoi pas ? » et ça a fait un déclic.

En novembre 2016 je me suis lancée dans l’aventure complètement à l’arrachée, sans préparation, sans autre plan qu’un nom de personnage pioché dans le bottin. J’ai réussi à écrire 27.000 mots, du grand n’importe quoi (je n’ai même jamais relu ce manuscrit) – mais ça a été une révélation : écrire régulièrement, écrire même quand ça part en cacahuète, écrire envers et contre tout.

Les deux années suivantes, j’ai fait mes devoirs en amont. Entre temps j’avais sillonné internet et découvert des méthodes, des techniques, des conseils pour écrire de la fiction, essentiellement en anglais. Bref, je suis arrivée le 31 octobre avec une vraie préparation, et j’ai les deux fois passé la barre des 50K sans grosse difficulté.

Voici ce que j’ai noté de l’expérience en décembre 2018 :

Plus on écrit, et plus c’est facile

L’habitude rend le procédé non seulement plus facile, mais réellement moins stressant.

La version négative, c’est moins on écrit, et plus ça fait peur d’écrire. Si je n’écris pas ne serait-ce que pendant quelques jours, quand je m’y remets, j’ai l’impression de ne plus savoir écrire, j’angoisse, je procrastine, un vrai cercle vicieux.

Alors qu’en pratiquant tous les jours, ça devient une activité du quotidien, normale, familière. Le fait même de s’asseoir et de s’y mettre devient une routine, je ne me pose plus de question.

Avantage n°1 : le NaNoWriMo permet de mettre en place une routine d’écriture.

La révélation de 2018 : le premier jet n’est pas le produit fini

C’est une évidence que j’ai lue cent fois, et pourtant, ce n’est qu’en 2018 que j’ai vraiment pris toute la mesure de cette phrase.

Malgré la préparation, on arrive toujours à des carrefours imprévus lorsqu’on écrit, et pendant un marathon d’écriture comme le NaNoWriMo, ce n’est pas le moment de s’arrêter pour réfléchir à toutes les possibilités que ça ouvre dans le scénario.

La solution que j’ai trouvée : faire le brainstorming directement dans le texte. Au moins, à la relecture, les questions et idées seront au bon endroit, plutôt que sur un autre fichier, ou carnet.

Même chose pour les derniers chapitres : en 2017 avec 50K mots, je n’avais écrit que la moitié de mon histoire, et il m’a fallu encore 6 mois à m’essouffler sur la deuxième partie. C’était beaucoup trop long et laborieux. L’an dernier j’ai donc décidé de boucler l’histoire coûte que coûte pour le 30 novembre.

Comme le manuscrit allait dépasser les 50k mots, j’ai écrit les derniers chapitres sous forme de résumé. Ça demandera un gros travail de réécriture au deuxième jet, bien sûr. Mais j’ai mené le scénario à son terme et ça m’a permis de soulever un certain nombre de questions.

Avantage n°2 : le NaNoWriMo motive à accomplir un gros travail sur une période courte.

Mon premier jet n’est pas montrable, et c’est tant mieux !

En 2017 je m’étais (un peu) appliquée sur l’écriture. Finalement mon premier jet était non seulement médiocre au niveau du style, mais en outre bourré d’incohérences dans le scénario.

En 2018, j’ai donc décidé d’utiliser le premier jet pour dégrossir vraiment l’intrigue sans me soucier du style, puisque de toute façon je devrai le réécrire intégralement – sans doute plusieurs fois.

Et surtout, j’ai découvert la liberté ultime : celle d’écrire ce que je veux dans mon premier jet, même des trucs ridicules ou grossiers si ça me défoule, parce qu’en vrai personne d’autre que moi ne va le lire.

Cette révélation a fait disparaître comme par magie la pression de « bien écrire », vous savez, celle qui nous mène à nous trouver n’importe quelle excuse pour ne PAS écrire alors qu’on en crève d’envie.

Avantage n°3 : le NaNoWriMo désacralise et désinhibe l’écriture du premier jet.

Voici en prime quelques astuces que j’ai utilisées pour faciliter l’écriture.

Se donner le temps de se glisser dans le bain

J’ai remarqué que me mettre à une session d’écriture, c’est un peu comme entrer dans la mer à 17°C. Personnellement, je n’aime pas devoir m’y jeter d’un coup, il me faut un petit temps d’adaptation, me mouiller les pieds, la nuque, le nombril, etc.

Bon, pour l’écriture, c’est pareil. C’est un peu brutal d’ouvrir mon document Scrivener au réveil et de me mettre à écrire. En revanche, si j’ouvre le document SANS m’en servir tout de suite, puis que je prépare mon BuJo* avec la date en couleur, que je flâne un peu sur mes pages de préparation, ou sur des blogs d’écriture, je me mets progressivement dans le bain sans même m’en rendre compte, et à un moment je me retrouve à taper dans mon texte parfois sans même m’en rendre compte. Magique.

*BuJo / Bullet Journal : si ça vous intéresse, je prévois un futur article sur le sujet 😊

La technique « Pomodoro »

C’est la technique du minuteur. On fait une session de 30mn, puis une pause de 10mn, puis une autre session de 30mn, et ainsi de suite. La durée des sessions est variable selon les gens. Moi, 30mn, ça me va assez bien, et j’ai calculé qu’en moyenne, avec 3x30mn j’arrivais à 1800 mots, ce qui est supérieur au quota journalier du NaNoWriMo.

Je n’ai pas fait que des sessions de 30mn, certains jours j’ai écrit 1h voire plus d’affilée sans m’arrêter, mais les jours où la motivation était un peu molle, ça m’a vraiment aidée à découper la tâche pour la rendre plus accessible. Et quand le minuteur sonnait, j’avais finalement presque toujours oublié que je l’avais mis.

Pourquoi ça n’a pas marché en 2019

Alors, si le NaNoWriMo est si fabuleux, pourquoi ai-je abandonné cette année en cours de route ? (Oui, je ne vous avais pas dit, mais voilà, c’est fait du coup.)

En fait, j’ai tout simplement trouvé cette année les limites du NaNoWriMo : je ne travaille plus sur un premier, mais sur un deuxième jet. Avec déjà deux romans en chantier (mes NaNo 2017 et 2018 en l’occurrence), je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas utile de continuer d’entasser les premiers jets avant d’avoir réussi à boucler au moins un livre.

Or la relecture, la réécriture, est un travail qui n’a rien à voir avec l’écriture. Je découvre de nouveaux obstacles, de nouveaux blocages, qui demandent une approche complètement différente. Il ne s’agit plus d’aller vite, d’extraire la matière, d’atteindre le bout à tout prix.

Au contraire, il faut à présent vérifier la cohérence de chaque maillon au sein de l’ensemble avec une rigueur extrême. Plus question de faire des pieds-de-nez à la logique ni à la structure ! Évidemment, il est impossible de concilier ce labeur de fourmi avec un quelconque rendement en termes de nombre de mots.

Les premiers jours, j’ai essayé de jouer le jeu, comptant sur l’esprit du NaNoWriMo pour me motiver sur ce deuxième jet que je traîne depuis un an et demi… avec pour résultat la double frustration de ne réussir ni à tenir le rythme, ni à produire quoi que ce soit de satisfaisant. Bref, échec total, au lieu de me motiver, le défi me culpabilisait encore davantage.

Heureusement, un des leitmotivs du NaNoWriMo est l’importance de positiver, de célébrer chaque progrès, et de ne jamais se faire (trop) de mal. C’est un aspect que j’apprécie énormément dans l’esprit américain, et qui fonctionne vraiment : on va plus loin avec des compliments et des carottes qu’avec des critiques et des coups de bâton.

Alors certes il faut parfois se mettre des coups de pied aux fesses. Mais quand on est face à un mur, ça ne sert à rien de s’entêter à se taper la tête dedans. Il vaut mieux prendre le temps de regarder s’il n’y a pas une autre solution. « Penser autrement » est un de mes mantras favoris.

J’ai donc abandonné cette année, et en contrepartie je suis en train d’élaborer une autre stratégie pour mon travail de réécriture. Ce sera peut-être l’objet d’un autre article. D’ailleurs si vous avez des conseils à ce niveau, je vous en prie, mettez-les en commentaire !

Pour conclure

Il y a des opinions très diverses sur le NaNoWriMo, la critique la plus courante portant sur la piètre qualité des romans produits. Il faut rappeler que fin novembre, personne n’est censé avoir un roman abouti, juste un premier jet – même si les organisateurs, avec leur enthousiasme typiquement américain, qualifient les manuscrits de romans (« novels ») dès ce stade. Mais on est d’accord, en fait, ce ne sont que des embryons.

Pour ma part, je suis complètement fan de ce marathon d’écriture qui a en grande partie contribué à vaincre mes blocages, et qui en plus donne un air festif au mois de novembre.

Et puis c’est une école de la vie : se lancer dans le NaNoWriMo, c’est se fixer un objectif, et se donner les moyens de l’atteindre. C’est un moyen fabuleux de gagner en confiance en soi. Réussir ce défi un peu fou donne des ailes et une assurance nouvelle pour aborder d’autres projets.

Bref, si vous aimez écrire, le NaNoWriMo est vraiment une expérience à tenter au moins une fois dans votre vie. Que vous réussissiez ou non à atteindre les 50.000 mots, vous apprendrez sur vous, sur votre écriture, sur ce qui fonctionne ou pas pour vous.

Mais bien sûr, comme toute chose, le NaNoWriMo a ses limites. Il n’est pas adapté à toutes les phases de l’écriture, et pas à tout le monde non plus. Si ça ne vous convient pas, il ne faut surtout pas en tirer les mauvaises conclusions. Analyser les raisons de cet échec ou de cette incompatibilité peut en revanche vous ouvrir de nouvelles perspectives.

Et surtout, surtout : il ne faut pas s’arrêter d’écrire après le 30 novembre !

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