Comment améliorer son style à l’écrit ?

Troisième partie — les ruptures

Pour poursuivre ma série d’articles sur le style, aujourd’hui je vous emmène faire un tour chez les ruptures syntaxiques. Dans les écrits informatifs ou professionnels, elles sont généralement considérées comme des fautes de langue à éviter, car elles créent des ambiguïtés, voire des confusions.

En revanche, nombre d’écrivains les utilisent de façon tout à fait volontaire, car ces ambiguïtés peuvent créer des effets poétiques ou humoristiques fascinants.

À vous donc de juger si vous voulez les utiliser ou les éradiquer. Mais dans tous les cas, il est intéressant de savoir les repérer !

Ruptures syntaxiques et autres anacoluthes

Commençons par quelques définitions de jargon grammatical. La syntaxe est un ensemble de règles propre à chaque langue, qui définit la combinaison des différents groupes de mots lors de la construction des phrases. Une rupture syntaxique marque donc un manquement à ces règles.

La plupart du temps, la syntaxe dérive du simple bon sens afin que la phrase soit limpide. Le verbe s’accorde avec son sujet, l’adjectif avec le nom qu’il qualifie, etc.

Les ruptures syntaxiques, aussi appelées anacoluthes, signifient que la logique de la phrase est brisée, ce qui provoque une incohérence. Ces ruptures se produisent très souvent dans les tournures avec appositions, c’est-à-dire un mot ou un groupe de mots simplement relié au reste de la phrase par une virgule. Dans ce cas, le lien syntaxique implicite échappe facilement à notre vigilance.

Voici quelques exemples de tournures qui peuvent poser problème.

Adjectif ou participe passé apposé :

L’adjectif apposé doit se trouver au plus près du nom qu’il qualifie. Comparez les deux phrases ci-dessous.

  • « Affamé, le chien a englouti sa gamelle de croquettes au poulet. » Pas de problème, la syntaxe est respectée.
  • « Le chien a englouti sa gamelle de croquettes au poulet, affamé », l’adjectif « affamé » semble ici concerner le poulet. Il y a rupture — et ambiguïté.

Participe présent apposé :

Le participe présent doit avoir le même sujet que le verbe principal. Comparez les deux phrases ci-dessous.

  • « Restant à votre disposition pour toute information supplémentaire, je vous prie de recevoir, madame, l’expression de ma considération distinguée. » Pas de problème, le sujet implicite de « restant » est bien le « je » qui apparaît ensuite.
  • « Restant à votre disposition pour toute information supplémentaire, veuillez recevoir, madame, l’expression de ma considération distinguée. » « Restant » et « veuillez » n’ont pas le même sujet, c’est une anacoluthe typique — à éviter dans vos courriers !

La rupture volontaire ou l’art du zeugme

Les auteurs commettent souvent des ruptures syntaxiques de façon tout à fait délibérée. On ne parle alors plus de faute de syntaxe, mais de figure de style littéraire : le zeugme. Le zeugme consiste à coordonner des éléments qui ne suivent normalement pas la même construction, ou encore des éléments de nature différente, souvent en mêlant le concret et l’abstrait.

Voici trois exemples de zeugmes à effet comique créés par Pierre Desproges : ici, l’auteur s’est amusé à coordonner des compléments de natures différentes.

« En achevant ces mots, Damoclès tira de sa poitrine un soupir et de sa redingote une enveloppe jaune et salie. »

« Après avoir sauté sa belle-sœur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane. »

« Prenant son courage à deux mains et sa winchester dans l’autre, John Kennedy se tira une balle dans la bouche. »

Pierre Desproges

Voici maintenant un exemple très différent écrit par Charles Baudelaire dans le poème « L’Albatros ».

« Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

Charles Baudelaire, « l’Albatros »

Ici, on pourrait même parler de double figure de style, soit un zeugme associé à une métonymie, puisque le sujet implicite d’« exilé » est l’albatros, repris ensuite par « ses ailes ». (Note : la métonymie est une figure de style qui consiste à remplacer un terme par un autre avec lequel il entretient un lien logique. Ici, les ailes sont une partie de l’albatros.)

En résumé

Si vous écrivez un courrier, un rapport, un document à usage purement informatif, évitez au maximum toutes les ruptures syntaxiques. Montrez-vous donc particulièrement vigilants avec toutes les propositions apposées, vérifiez que le sujet implicite du groupe de mots apposé est bien le même que le sujet du verbe principal.

En revanche, si vous écrivez dans un but créatif, que ce soit pour de la poésie ou des slogans publicitaires, de la fiction ou des paroles de chanson, amusez-vous, explorez les possibilités incroyables que vous offre le zeugme !

Juste pour le plaisir, voici un lien vers un quiz qui vous présente des zeugmes célèbres très divers. Have fun! 😊

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.